Je ne vais pas revenir sur les nombreux changements de line up qui ont émaillé la carrière de Stratagème mais là, pour ce qui concerne celui qui s'est acquitté de ce Worst Enemy, le groupe s'est enfin stabilisé autour de Gérard Mottée dit "Gégé" et ce, pour la plus grande joie de ceux qui comme moi, suivent avec attention le parcours de nos amis. Au chant, on y trouve donc le talentueux "Butcho" Vukovic dont on connaît le CV long comme le bras. En effet, avant d'intégrer Strata, il fit ses passes d'armes avec Watcha, Hellectrokuters, Redneck Rampage, Pleasure Addiction, Showtime et Last Temptation (avec Farid Medjane à la batterie). Il me pardonnera si j'en oublie. Aux deux guitares, car aujourd'hui, au sein du combo sévissent sur cet album deux six-cordistes de talent répondant respectivement aux doux noms de Marc Trenel et Sébastien Hérault. Derrière les futs, en lieu et place de Jean Pierre Pollet et Aurel Ouzoulias, nous avons un Patrick Cazugul dont on connaît les qualités avérées.
C'est par conséquent pied au plancher que Worst Enemy, magnifiquement produit par Thierry Dagnicourt (ex-claviériste de Shannon) débute sur ce What You're Gonna Say ô combien éruptif. Reposant sur un rythme binaire à souhait qui a le mérite de solliciter vos cervicales déjà durement éprouvées par des années de headbanging, le groupe fait mouche d'entrée de jeu via un refrain qui ne quittera plus votre esprit. C'est puissant, c'est efficace et c'est super bien produit, le groupe se laissant frénétiquement emporter par un Butcho à la fois rageur et tempéré dans sa façon de chanter, tantôt gémissant brièvement sur un court passage tel un Robert Plant en transe, tantôt déployant avec générosité une hargne ouvertement affichée. Dans sa diversité, le registre vocal du sieur Vukovic s'avère vraiment impressionnant, je vous l'dis.
Faire parler la poudre, tel semble être le mot d'ordre lancé par les Strataboys. Ce Break Away lancé à toute allure, ne met pas pour autant de côté tout ce qui concerne la structure mélodique du morceau. Cela se transcrit de façon avisée même dans le bridge censé faire le lien entre le refrain et le couplet suivant.
La section rythmique incarnée par le "Cazu" et le Gégé redouble d'intensité sur ce Time To Say Goodbye dont on pensait vu le titre qu'il s'agirait d'une ballade sirupeuse faisant chavirer les plus sensibles d'entre nous. Eh bien, il n'en est rien bien au contraire. Débutant sur un phrasé qui ressemble bien plus à du pachydermique qu'à tout autre chose, cette composition a tout pour plaire : refrain entêtant, riffs apparentés à des coups de boutoir et solo guitaristique hautement inspiré. Voilà le menu à déguster sans modération.
Attendez, attendez, ne partez pas car ce qui va suivre via ce Be Back On Track dispose de tous les atouts pour toucher un public plus large et ce, grâce à une tonalité accrocheuse, un refrain qui ne l'est pas moins, une intervention pour le moins fort à propos de l'un des deux artilleurs en chef et une nouvelle fois, un Butcho qui nous gratifie d'une prestation haute en couleur. Vous devriez théoriquement "tomber dedans".
On les connaît les Strataboys : ce sont des être doublés d'une grande sensibilité. L'évidence s'imposait donc de composer ce que l'on appelle une "power ballad". Celle-ci a pour nom I Won't Surrender et fait indubitablement son petit effet grâce à une mélodie envoûtante menée par la voix de velours de Butcho.
On prétend souvent qu'une complicité musicale intervient après un certain temps mais ne dit-on pas non plus qu'elle n'attend pas le nombre des années et c'est effectivement le cas sur Stand My Ground ? Un titre qui débute sur une osmose basse-batterie, belle entrée en matière ponctuée d'une intervention parlée puis chantée de Butcho et d'une trame mélodique particulièrement prenante et ce, sur fond de riffs plombés.
Autre paramètre important : le groove s'avère être également pour le moins essentiel dans ce nouvel opus, élément récurrent que l'on retrouve sur Into The......Groove, un titre qui, lorsque vous l'écouterez, ne vous lâchera plus, celui-ci vous donnant l'irrépressible envie de vous trémousser au milieu de votre salon, suscitant par la même, une interrogation justifiée ou non de la part de votre entourage...
Ensuite, Worst Enemy, le morceau-titre. Celui-ci démarrant sur une percutante intervention du Cazu, est comme emporté par ce solo en boucle sur lequel vient se poser une mélodie une nouvelle fois entêtante, entrecoupée qu'elle est d'un bridge lui-même porté par la voix langoureuse de Butcho. Stratagème fait aujourd'hui dans des compositions peut-être plus léchées qu'auparavant et ça, c'est un point fort non négligeable.
Toujours dans cette optique mélodique fortement prononcée, les Strataboys nous proposent le très enlevé Chain Reaction rappelant à notre bon souvenir qu'ils ont, quelle que soit la formation répertoriée au fil des années, toujours su allier puissance et harmonie. Encore une fois, un régal à l'écoute.
Le dernier morceau intitulé Yesterday, à ne pas confondre avec celui des Fab Four, baigne de par sa structure dans une sorte d'innocence guillerette à souhait. De fait, il s'avère être une parfaite conclusion pour un album qui mêle à la fois efficacité, puissance, cohésion et surtout ce sens de la mélodie bien plus marqué qu'avant et qui ne semble plus les quitter. Nous non plus d'ailleurs. Leur meilleur album ? Je ne suis pas loin de le penser. Strata, j'aime.......
"Phil, tu l'as déjà dit dans le passé.....Tu deviens sénile !!!"

